De l’Atlantique à la Méditerranée : la Vélodyssée et le Canal des 2 Mers
Et voilà, la boucle est bouclée !
Me voilà de retour à Rennes. Le trajet en train a plié l’affaire en 5 h 37… alors qu’il m’a fallu 7 jours de coup de pédale et 1 200 km pour rallier Montpellier à vélo. On pourrait se demander à quoi bon s’imposer ça.
Surtout que les trois premiers jours n’ont franchement fait aucun cadeau : une pluie continue, un vent de face et des températures bien fraîches pour la saison.
Et pourtant… Entre les moments de doute, la solitude, les rencontres marquantes et le changement permanent de décor jusqu’à la Méditerranée, ce genre de périple offre une parenthèse de réflexion incroyable sur soi-même et sur le monde. Seul le vélo permet ça. C’est le moyen de transport idéal pour rester en prise directe avec la nature et les gens. On roule à la bonne allure : celle qui permet de s’arrêter sur un coup de tête pour admirer un paysage, ou d’échanger trois mots avec un autre voyageur croisé au bord de la route. Rien à voir avec la voiture, qui enferme les gens dans leur boîte de métal.
Un coup de chapeau aux cyclistes croisés de la route
À toutes les personnes croisées qui m’ont félicité pour les kilomètres avalés chaque jour, je vous retourne le compliment avec grand plaisir :
- À vous trois, les infirmières retraitées qui avez repris du service pendant la campagne de vaccination Covid et qui vous êtes accordé un break bien mérité sur le Canal des 2 Mers avec vos vélos à assistance électrique (VAE). Bravo à vous, et assumez à 100 % le VAE, il n’y a aucun complexe à avoir !
- À toi, dont je ne connais pas le prénom, avec qui j’ai partagé quelques kilomètres. Opéré de trois cancers en décembre, tu es remonté en selle sur ton VAE pour ne pas baisser les bras face à la maladie. Un immense respect et longue vie à toi.
- À toi aussi, le voyageur solitaire croisé à Agen. Parti de Montpellier pour plusieurs mois, sans itinéraire gravé dans le marbre ni date de retour : bon vent pour la suite de ton périple !
Peu importe le vélo, avec ou sans assistance : lancez-vous et laissez parler les sceptiques. Sans l’électrique, beaucoup ne franchiraient jamais le pas… alors que ceux qui critiquent ne le feraient même pas avec un moteur !
Le journal de bord, étape par étape
Jour 1 : Rennes ➔ Saint-Gilles-Croix-de-Vie (150 km)
Départ de la gare de Rennes en TER BreizhGo pour rejoindre Nantes, point de départ officiel de l’aventure.
Dès la sortie de la gare nantaise, l’ambiance est posée : météo carrément hostile, vent de face et pluie battante. Cap à l’ouest en empruntant la Loire à Vélo (un tronçon manquant à mon précédent voyage) pour récupérer La Vélodyssée, que je ne quitterai plus jusqu’à Royan.
Une première journée rude où le ciel ne m’aura laissé aucun répit jusqu’à l’arrivée à Saint-Gilles-Croix-de-Vie.






Jour 2 : Saint-Gilles-Croix-de-Vie ➔ La Rochelle (160 km)
Même combat que la veille : un vent défavorable très puissant qui cherche à entamer le moral. Heureusement, la pluie s’est un peu calmée, il faut savoir savourer les petites victoires.
Petite pause café bienvenue à Brétignolles-sur-Mer avec mon ami Thomas, venu faire trois jours de Gravel dans le coin avec deux de ses amis.
Pour ce qui est du parcours, attention au final avant La Rochelle : l’itinéraire emprunte un sentier VTT impraticable pour un vélo de randonnée chargé. Un Gravel est le strict minimum ici.
Logistique du soir : Nuit au Kyriad La Rochelle Centre Les Minimes et bon dîner au restaurant La Grand’ Rive.












Jour 3 : La Rochelle ➔ Mortagne-sur-Gironde (160 km)
Une belle étape pour rejoindre Mortagne-sur-Gironde. En chemin, traversée sympa de la Charente entre Rochefort et Échillais grâce au célèbre pont transbordeur.
Arrivée le soir au Logis de la Garenne, tenu par Éric la Garenne, personnage haut en couleur, chanteur et aubergiste. En cette période d’injonctions sanitaires Covid, aucun restaurant n’est ouvert à Mortagne faute de terrasse. Seule planche de salut : un stand à emporter, La cabane du poulet. Un grand merci à eux pour m’avoir préparé un repas à emporter malgré l’heure tardive et le rush.


















Jour 4 : Mortagne-sur-Gironde ➔ Frontenac (167 km)
Passage par Bordeaux, une ville que je n’avais jamais arpentée à vélo. Excellente surprise : la ville regorge de pistes cyclables en site propre, notamment sur les quais de la rive gauche qui grouillent de vie.
En revanche, sans connaître le secteur, traverser la Garonne relève du casse-tête. Un vrai labyrinthe pour dénicher le tunnel cyclable permettant d’accéder à la piste du pont Saint-Jean, les indications étant quasi inexistantes.
Une fois extirpé de la ville, le reste déroule tout seul sur l’ancienne voie ferrée Bordeaux-Benauge réhabilitée en voie verte jusqu’à Frontenac.
Depuis Royan, j’ai rejoint le grand itinéraire du Canal des deux Mers à vélo.
Coup de cœur hébergement : Arrêt à l’hôtel-bar-restaurant L’Archange. L’accueil y est chaleureux et les prestations sont parfaites pour les cyclos (chambres rénovées, machines à laver/sécher le linge, cour fermée pour les vélos et resto sur place), le tout pour un tarif très raisonnable. N’hésitez pas une seconde.








Jour 5 : Frontenac ➔ Castelsarrasin (164 km)
Les jambes commencent à peser lourd, mais le moral tient bon. Départ de Frontenac sur la voie verte jusqu’à Sauveterre-de-Guyenne, puis liaison par des petites routes pour choper le Canal latéral à la Garonne du côté de La Réole. C’est le fil conducteur jusqu’à Toulouse : un chemin de halage roulant, ombragé par une voûte majestueuse de platanes.
Pause déj idéale à Agen au Café Vélo, une structure super bien pensée pour les voyageurs (repas, douches, hébergement) située pile sur la trace.
Arrivée le soir à Castelsarrasin à l’hôtel Absolu (cour intérieure sécurisée pour les vélos). En revanche, l’ambiance du soir refroidit un peu : couvre-feu Covid oblige, dès 19 h toutes les grilles tombent et la ville devient totalement morte. Repas réduit à une pizza à emporter.


















Jour 6 : Castelsarrasin ➔ Marseillette (190 km)
C’est le gros morceau du voyage. Direction Marseillette avec un arrêt prévu au Top du Roulier, une ancienne auberge de relais de diligence. Aujourd’hui, les chevaux sont remplacés par des cyclistes (même si dans le fond, ça reste un peu des bourricots !). L’endroit est très calme grâce à sa cour intérieure et propose la restauration ainsi qu’un garage fermé.
Sur le vélo, la première partie jusqu’à Toulouse se fait sans histoire. J’en profite d’ailleurs pour faire une pause dans la Ville Rose pour boire un verre avec Frédéric (de GravelCap) et des membres des Kerbarrés.
C’est après Toulouse que les choses se gâtent sévèrement sur le Canal du Midi. Le revêtement devient un désastre absolu pour un vélo de rando : du pur sentier VTT entre trous, ornières et racines pointues, sans compter une signalisation aux abonnés absents.
J’ai dû me résoudre à quitter le canal à plusieurs reprises pour me rabattre sur les départementales et éviter de casser du matériel (un constat partagé par tous les cyclos croisés sur la route). Pour ne rien arranger, l’épidémie du chancre coloré a imposé l’abattage de milliers de platanes : le canal se retrouve souvent mis à nu, perdant au passage beaucoup de son ombre et de sa magie.














Jour 7 : Marseillette ➔ Montpellier (Dernière étape)
Dernier jour de selle pour enfin aller tremper les pieds dans la Méditerranée.
Même constat qu’hier au départ : le chemin de halage du Canal du Midi est impraticable et oblige à rouler au milieu du trafic routier. Heureusement, la situation s’améliore nettement à partir de Béziers.
Après Sète, l’approche finale vers Montpellier se termine sur des pistes cyclables… malheureusement prises d’assaut par des scooters en tout genre.




















Le parcours
Bilan et réconfort
Après sept jours d’effort, l’aventure se termine autour d’une bonne table à Montpellier avec trois collègues de boulot.
7 jours pour descendre à la force des mollets, moins de 6 heures pour remonter en TGV InOui le lendemain… What else ?
Prochain objectif ? Peut-être la ViaRhôna !
